Sugarman et la crise de la désillusion

Ma première impression à la sortie du film Searching for SugarMan était magique! Impossible de croire que ce genre d’histoires puisse encore exister à l’époque des internets. Que l’on puisse encore perdre de vue qui que ce soit pendant des dizaines d’années. Impossible de croire en la simplicité et l’humilité de Sixto Rodriguez. L’archétype du héro presque dramatique;  cet homme, avant tout artiste, faisant une croix sur sa vie de chanteur et vivant de petits boulots pendant 30 ans alors même qu’il triomphe à l’autre bout de la planète. Alors qu’il est la voix d’un mouvement contestataire qui a marqué le 20ème siècle. C’était tellement beau, incroyable, surréaliste, émouvant.

La qualité artistique ne gâchant évidemment rien au personnage, cette nonchalance sensuelle typique des années 70, cette voix souriante et claire. On ne pouvait ressortir du cinéma sans se sentir en empathie et en admiration pour Sixto.

Et le film malgré quelques cotés un peu surfaits n’a pas entaché cette impression de béatitude.

Les premiers signes d’inquiétude sont venus quand j’ai voulu en savoir plus sur Sixto. J’ai appris que l’homme n’a pas vraiment vécu dans le total anonymat pendant 30 ans, comme présenté dans le film. En réalité, il avait déjà été « retrouvé » au début des années 80 et déjà fait une tournée à cette époque.

Cela ne pourrait être qu’un détail, mais la construction du documentaire me parraissait du coup ébranlée. Je me sentais déjà un peu touché et manipulé dans ma qualité de spectateur.

Malgré tout j’ai remballé ce début de déception pour rester sur mon premier étonnement.

Cet homme extraordinaire qui, après avoir été de nouveau retrouvé et présenté comme l’idole absolu en Afrique du Sud, a préféré reprendre sa vie normale. Ceci me paraissait tout à fait incompréhensible; on imaginait un homme vieillissant, simple, préférant finir sa vie dans la tranquillité. Une fin belle et triste… Faisant croire qu’il existe malgré tout des personnes capables de ne pas se laisser appâter par les feux de la rampe… Une sorte d’excès de simplicité totalement incroyable et l’on pourrait dire surréaliste, voire même un peu stupide.

Mais en fait ce n’était pas fini! Sixto est arrivé à Paris pour une série de concerts… Hum. Surprise, sentiment d’incohérence, de tricherie… Ou pas?

Sixto aurait renoncé à sa vie d’ouvrier pour tirer une belle révérence sur scène? Pourquoi pas…

Normal, c’est un artiste, rien de plus évidement qu’un homme qui a rêvé de musique toute sa vie, et qui voit son rêve se réaliser enfin. Ok, soyons content pour lui.

Et c’est là qu’arrive le dernier coup de massue. Sixto est vieux, usé et fatigué sur la scène de Zénith. Il chante faux, a du mal à se déplacer. Il y a des problèmes de son, de production. Il a l’air faux, pitoyable.

En gros tout part en vrille.

Alors, que s’est il passé? Est-ce l’appât du gain de Sixto? De ses producteurs? Est-ce la pression après la sortie du film et son palmarès à Cannes?

Bref, la vraie vie a repris le dessus. Il semblerait que certaines légendes devrait rester dans notre imagination.

Sixto Rodrigeze. Searching for Sugarman

Sixto Rodrigeze. Searching for Sugarman



Les commentaires sont fermés.